La Forme du Pieds : Inné, Acquis et Compensation par Grégor Perret

La Maréchalerie est un Art qui consiste à devoir comprendre la différence entre Origine, Paramètre et Résultat. Comprendre la Forme d'un pieds, son pourquoi, demande des années de pratique alors qu'observer "un problème dans l'aspect" est à la portée du plus grand nombre.

Comprendre un pieds, passe par bien des paramètres complexes tel que votre propre définition de la normalité. Qu'est ce qui est "Normal" ? Comment dissocier Cause et Résultat ?


En un mot, comprendre un pieds, c'est réussir à comprendre la Logique des dépendances : Qu'est-ce qui dépend de quoi ?


L'Inné :


On considère comme Inné les paramètres qui existent naturellement chez quelqu'un tels que la Taille, la Morphologie, la couleur, la qualité de son système immunitaire. Bref, tous les paramètres indépendants de l'expérience ou du cause à effet. Il s'agit de notre bagage génétique comme avoir une jambe plus courte que l'autre, des tendons plus ou moins laxes, une certaine pré-disposition etc ...


L'Acquis :


On considère comme Acquis, tout ce qui se rapporte à l'Apprentissage ou à des causes extérieures tels que l'environnement par exemple, la fréquence de travail etc.., Par exemple, le développement des capacités pulmonaires dépend de l'Inné mais est aussi un Acquis lié à l'Entrainement, qui a un impact direct sur la morphologie. Un environnement humide peut affaiblir les pieds, à l'inverse, un terrain sec peut les rendre cassants etc... Il s'agit donc de l'adaptation à des éléments extérieurs, un cheminement dépendant d'une situation et non uniquement d'un bagage


La Compensation : On considère comme Compensatoire, tout ce qui se rapporte à une évolution "forcée" ne dépendant ni de l'Inné, ni de l'Acquis. Ce que l'on nomme "Compensation posturale" est à dissocier du Tonus. Le Tonus, c'est la "Préparation de la mise à l'effort"

La Compensation posturale, c'est un report des charges permettant au cheval de se soulager physiquement. Dans le cas de la fourbure, l'inflammation de la partie avant du pieds amène le cheval à "s’asseoir sur ses postérieurs"


Ce simple changement de posture a une influence directe sur la Forme du pieds qui en résulte en partie.

La Forme du Pieds :


La Forme dépend de bien des facteurs tels que la Forme de la 3ème Phalange, de l'Aplombs et du Poids. Etant à la fois élément Locomoteur et Soutien, sa conformation, sa déformation et sa logique, dépendent d'autant de facteurs qu'il faut comprendre. Il existe une certaine normalité, mais plus que la normalité, c'est bien la Logique qu'il faut comprendre.

Le "Cause à Effet" :


Notre métier consiste à comprendre le principe du "Cause à Effet" pour déterminer la différence entre Facteur(s) et Résultat(s). Si la forme du pieds dépend effectivement de la forme de la 3ème phalange, un cheval "sautant plus haut que ses capacités" à force de chocs, verra l'aspect de cet Os et donc du pieds, modifié par "Impact"


Il faudra donc comprendre la "Logique du pieds" donc la Logique des dépendances et interactions pour remédier au problème, s'il y en a.

Dans le cas de cette photo par exemple, cette Franche-Montagne a fait une Fourbure, ce qui explique la forme de la sole et l'angle de pousse des parois. La photo 2, là ou il y a mon doigts, montre que l'origine de la Seime est une atteinte à la couronne, donc initialement, résultat d'une blessure.


Comprendre la logique de l'aplombs, c'est dissocier l'aplomb du cheval et l'impact de la maladie, tout en comprenant la seime comme un autre facteur indépendant.


En d'autres termes, si la Seime était le résultat d'une surcharge et pas d'une blessure, alors sa prise en compte serait différente.




Exemple de Compensation :


La Forme "anormale" de ce postérieur droit ne dépend pas de l'aplombs mais d'une compensation.


En d'autres termes, ce n'est pas en râpant ce pieds de telle manière ou telle autre que l'on règle le problème mais en soulageant le pieds opposé.


La jument surcharge ce pieds car elle a mal à l'autre. La surcharge entraîne des complications telles que le manque de pousse car trop sollicité, les différentes modélisations du boulet et du paturon car le membre fatigue etc etc....


Oui, donner du Confort au pieds aidera la Jument, mais n'interviendra pas dans le caractère "compensatoire" de son Aplomb


La Nature fait bien les choses :

Croyez-vous qu'il s'agisse d'un problème de forme du pieds ? D'une compensation ? Du résultat d'un Aplombs ?


En l’occurrence, ce cheval avait un membre plus court que l'autre et une compensation posturale.

Il a été acheté dans le but de faire de la randonnée et du CSO, ce qui n'était pas forcément le meilleur choix de carrière aux vues de son "potentiel"



Quand la maladie s’emmêle :


Ce Comtois a fait un abcès très profond, il n'était plus très loin de désaboter lorsque je l'aie vu pour la première fois. Bien qu'ayant parc marécageux a entrainé une sur-infection. A termes, c'est tout le pieds qui s'est remodelé. Je n'aie vu ce cheval que 3 fois car trop éloigné de mes tournées, le temps de le soigner.


Connaitre l'origine et donc l’enchaînement "Cause ET Résultat" donne un net avantage dans ce genre de cas, pour le "Travail de fond".








Épilogue : Le Danger des généralités :


Tous les cas présentés sont relativement exceptionnels car il faut, pour vulgariser, mettre à portée des questionnements "visibles" pour le néophyte. Les définitions données sont volontairement simplistes puisque la corrélation des inter-dépendances est un sujet complexe. Dissocier l'Inné de l'Acquis, développer le principe des Facteurs est un sujet qui pourrait faire 10 chapitres.

C'est pour cette raison que s'occuper des pieds d'un cheval, c'est devoir prendre en compte son ensemble. Que ce soit son Aplombs, son Activité, la Saison mais aussi tant d'autres choses comme le Terrain, la Fréquence, l'Age et l'Adaptation.


Ferrer, parer un cheval, ce n'est pas "couper ce qui dépasse" et "Faire joli", dès que le cas se complique.


Notre métier, c'est devoir comprendre un ensemble et "Faire avec". C'est faire la différence entre Utopie et Réalité. On ne soigne rien en disant "Si il était moins grand, plus fort, qu'il faisait telle activité à tel endroit" On soigne un cheval selon ses facteurs et possibilités, pas selon son envie ou ce qu'on voudrait. Oui, certaines choses peuvent aider, et notre travail consiste à améliorer le quotidien mais prendre le parti que nous trouverions la réponse dans d'autres conditions n'est pas véritablement trouver une solution pour autant.

Effectivement, les généralités rassurent mais on ne soigne pas Untel, parce que pour tel autre, ça a marché. Il y a des logiques, il y a des points communs, des schémas prévisibles, Oui...


Mais chaque cheval nous pose SA PROPRE QUESTION.


- Quand est ce qu'on mange ?

- Moi aussi, j'adore le Tennis !


Soigner un cheval, ce n'est pas faire briller, ça, c'est de l'esthétique. Le Visuel est important, certes mais on ne répare pas un Moteur en changeant la peinture.

Notre Travail, c'est devoir répondre à une équation complexe pluri-factoriels afin d'améliorer le quotidien de chaque cheval en comprenant SA question.


Lorsque vous montez à cheval, vous êtes droitier ou gaucher et peut être que pour lui, c'est l'inverse. Vous faites un certain poids, votre appel de foulée n'est pas bon ? Vous précipitez le geste ?


Il va compenser par sa dynamique en "Réponse" et ça aussi, il faut le prévoir. Votre cheval tire d'une patte et se repose sur l'autre ? A termes, la morphologie va changer. Est ce que couper du talon ou de la pince aidera à retrouver l'aplombs ? Absolument pas, puisque l'aplomb sera compensatoire et donc biaisé.

Votre cheval a de petites foulées étriquées ? Pensez-vous qu'en cognant fort, ça lui donnera de l'amplitude ? Pensez-vous que précipiter le geste, c'est le maîtriser ?


N'importe quel imbécile, quand le problème est simple, peut diminuer le problème ou expliquer que c'est la faute de l'autre. Cependant, gérer, comprendre, anticiper et améliorer dépendent bien plus des questions que l'on se pose que des réponses que l'on voudrait donner ou qui nous arrangeraient.


Comprendre le cheval, c'est savoir un ensemble, comprendre une synergie et des dépendances. C'est remettre en question ce que l'on sait. Une question, c'est assez simple et ouvert. Vouloir donner une direction à la réponse par parti pris ou facilité, c'est expliquer qu'on ne comprend pas en appuyant plus fort sur l'accélérateur.


La Réponse n'a ni Âme, ni But, ni Parti et serait différente "Si c'était" mais la clarté de celle-ci dépend de l'amplitude que vous voudrez bien lui donner.


Maréchalement notre,

Grégor Perret.